La Bande Dessinée américaine

La Bande Dessinée américaine

Les Comics

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En Amérique, la bande dessinée connaît un destin parallèle à celui qu’elle vient de vivre sur le Vieux Continent. A partir des années 1880-1890, une véritable guerre des journaux s’engage : on en compte 2190 en 1900 ! La plupart racontent des histoires comiques, d’où leur surnom de “comics”. La croissance spectaculaire des quotidiens s’accompagne d’un développement de la bande dessinée. Elle devient un moyen d’expression populaire et s’installe dans la culture américaine, au même titre que le cinéma. Au début, l’influence est encore présente, mais les auteurs américains prennent vite leur autonomie. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la BD américaine connaît une période de créativité éblouissante. Les héros les plus populaires s’appellent Popeye, Tarzan, Dick Tracy, Flash Gordon, Mandrake ou Prince Vaillant. Des dessinateurs comme Milton Caniff, Alex Raymond et Hal Foster inspirent de nombreux auteurs européens.

Les aventures de Mutt & Jeff, deux pauvres types cherchant à faire fortune, ou les farces des deux enfants terribles Hans & Fritz tiennent déjà en haleine des millions de lecteurs, et de grands auteurs comme Winsor McCay sont nés. Dans les quotidiens, le Daily Strip devient un rendez-vous incontournable qu’aucun Américain ne raterait, sans parler des feuilleons publiés dans les suppléments du week-end et qui se poursuivent d’une semaine à l’autre. Parmis tous ces héros, les animaux ne tardent pas à se tailler la part du lion. Le Krazy Kat de Georges Herriman est publié sans interruption de 1913 à 1944 ! Mais l’Amérique, est le pays d’Hollywood et du cinéma. On y découvre bientôt à l’écran les aventures de Félix le Chat (1919) et d’une certaine souris prénommée Mickey (1928), avant qu’elles ne soient adaptées en bande dessinée.

En 1934 apparaît un format inédit pour la bande dessinée américaine : le comik book. Ce type d’ouvrage est un magazine qui rassemble des bandes dessinées comiques d’abord publiées dans la presse. Convaincu par le concept, Malcom Wheeler-Nicolson lance en 1937 Detective Comics, plus connu aujourd’hui sous le nom de D.C.. Très vite, d’autres éditeurs font paraître leurs propres comic books. C’est dans ce cadre que naît un nouveau style, inexistant avant que la bande dessinée l’invente : l’histoire de superhéros. De la crise de 1929 à la victoire de 1945, la BD reflète les doutes puis les certitudes retrouvées de la société américaine. Le culte de la puissance donne naissance à des super-héros. Violence et racisme accompagnent le triomphe du bien contre le mal.

Superman en est l’un des pionniers. Inventé par Jerry Siegel et Joe Shuster en 1934, sa première aventure est publiée par D.C. en 1938. Il réunit d’emblée les principales caractéristiques des superhéros : une double identité, des superpouvoirs, un costume qui le met en valeur, et une mission : sauver le monde. Les lecteurs adhèrent immédiatement, et un an seulement après le lancement du superhéros, les éditeurs créent un comik book qui lui est entièrement consacré. La même année apparaît son principal concurrent, lui aussi publié chez D.C. : The Batman. Le superdétective créé par Bob Kane et Bill Finger devient rapidement aussi célèbre que son grand frère, et obtient également sa propre série en 1940.

Une véritable industrie de la bande dessinée se met en place, l’édition de la bande dessinée est devenue un marché fructueux. Les superhéros se multiplient alors, et beaucoup ont été oubliés depuis, malgré les millions de ventes qu’ils généraient à l’époque. Elle s’est diversifiée, s’adressant aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Les journaux publient des BD tous les jours de la semaine et dans leur supplément le week end. Pour répondre à la demande et produire dans les délais, les auteurs travaillent de manière collective dans des studios et s’entourent de plusieurs assistants. Mais les droits d’un héros n’appartiennent pas à son créateur : ils restent la propriété de l’éditeur. Celui-ci n’hésite pas à confier un même personnage à différents dessinateurs successifs afin de renouveler une série, pour le plus grand plaisir de plusieurs générations de lecteurs.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, le monde imaginaire des superhéros, qui vivaient jusque-là à Metropolis ou Gotham City, se confronte à la réalité. Dans les bandes dessinées, on voit ainsi les superhéros rejoindre les troupes américaines contre leurs ennemis allemands et japonais ! Ces comic books sont même distribués aux soldats engagés. La bande dessinée devient un outil de propagande, utilisée pour soutenir le moral de l’armée américaine et lui faire croire en sa force. Plus facile en effet de gagner la guerre lorsqu’on a Wonder Woman ou Captain America à ses côtés ! D’ailleurs, la fin de la guerre coïncide avec celle de l’âge d’or des superhéros.

Il faudra attendre le début des années 1960 pour qu’ils reviennent en force, avec l’essor de l’éditeur Marvel, et des auteurs comme Jack Kirby et Stanley Martin Lieber (alias Stan Lee). Entre 1961 et 1966, Stan Lee développe une troupe impréssionnante de superhéros : Les Quatre Fantastiques, Hulk, Spider-Man, les X-Men, Daredevil, Iron Man etc. Ces nouveaux personnages semblent beaucoup plus humains : histoires d’amour, maladies, travail etc. Leur personnalité gagne en profondeur, et leurs superpouvoirs ne découlent parfois que d’un banal accident, comme une araignée qui mord notre futur Spider-Man.

Il faudra attendre les années 1980 pour découvrir de nouveaux auteurs, tels Franck Miller et Alan Moore, et les voir se réapproprier le genre. Grâce à eux, la bande dessinée va encore évoluer. Dans des albums comme Batman : The Dark Knight Returns ou Watchmen, ces auteurs ébauchent le portrait de superhéros sur le déclin, dont la légitimité et les méthodes sont remises en question.

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